Persan, d’Orient, kilim, berbère, tufté, mécanique… les types de tapis forment une famille nombreuse où il est facile de se perdre — et de se tromper sur la valeur d’une pièce. Bonne nouvelle : quelques repères simples suffisent pour situer la plupart des tapis.
Ce guide de l’atelier Tapis Boeuf, fondé en 1950, classe les grands types de tapis par technique puis par origine, avec les signes qui permettent de les reconnaître.
D’abord, la technique : le dos du tapis dit presque tout
Avant l’origine, identifiez la fabrication. Retournez le tapis :
| Technique | Ce que montre le dos | Valeur |
|---|---|---|
| Noué main | motif net, petites irrégularités, franges dans le prolongement du tapis | peut être élevée, augmente avec l’âge |
| Tissé à plat (kilim) | identique au recto, réversible, pas de velours | modérée à élevée selon l’ancienneté |
| Tufté | toile de coton encollée qui masque le travail | faible |
| Mécanique | dos uniforme et régulier, franges cousues | pratiquement nulle |
Le tapis noué main est le seul où chaque nœud est formé un à un sur les fils de chaîne : des mois de travail pour une seule pièce. C’est lui qui traverse les générations. Notre guide pour identifier un tapis d’Orient authentique détaille l’examen pas à pas.
Les tapis persans : villes et tribus d’Iran
Le tapis persan vient d’Iran. On distingue deux mondes :
- Les tapis de ville, fins et denses, tissés en atelier sur des dessins précis : Tabriz (médaillon central, finesse mesurée en Raj), Ispahan et Nain (fonds ivoire, arabesques bleues), Qom (souvent 100 % soie), Kashan (médaillon floral sur fond rouge).
- Les tapis tribaux et villageois, plus spontanés : Gabbeh (laine épaisse, motifs libres), Shiraz et Qashqaï (géométries nomades), Hamadan (robustes tapis de village).
Un même pays produit à la fois les tapis les plus fins du monde et les plus rustiques : c’est toute la richesse de la Perse.
Les tapis d’Orient au-delà de l’Iran
L’appellation « tapis d’Orient » couvre une vaste géographie de nouage :
- Turquie : du village d’Anatolie au prestigieux Hereke en soie, parmi les plus fins du monde. Notre guide du tapis turc les passe en revue.
- Caucase : Kazak, Shirvan, Karabagh — géométries franches et couleurs vives, détaillées dans notre article sur les tapis caucasiens et russes.
- Turkménistan et Afghanistan : les Boukhara et leurs güls (médaillons octogonaux répétés), les robustes Kunduz afghans.
- Inde et Pakistan : Agra, Kashmir en soie, Ziegler contemporains — à découvrir dans notre guide du tapis indien.
- Chine : motifs taoïstes et bouddhistes, velours sculpté, présentés dans notre article sur le tapis chinois.
Kilims et tapis berbères : deux traditions à part
Le kilim n’a pas de velours : il est tissé à plat, comme une étoffe, et souvent réversible. Anatolie, Perse et Caucase en produisent depuis des siècles — notre guide du tapis kilim explique comment les dater.
Le tapis berbère vient du Maroc : le Beni Ouarain (laine écrue, losanges bruns tracés à main levée) en est le plus recherché. Attention aux copies industrielles : notre article sur le tapis Beni Ouarain authentique donne les signes qui ne trompent pas.

Tapis européens et tapis modernes
L’Europe a ses propres traditions : la Savonnerie (tapis à point noué des manufactures royales françaises) et Aubusson pour les pièces d’exception, puis les tapis Art Déco des années 1920-1930 signés des grands décorateurs.
Aujourd’hui s’y ajoutent les tapis « designer » contemporains, noués main en laine ou soie sur des dessins abstraits. Beaux et décoratifs, ils s’évaluent surtout sur la qualité du nouage et la signature.

Tableau récapitulatif des grands types de tapis
| Type | Origine | Signes distinctifs | Valeur indicative |
|---|---|---|---|
| Persan de ville (Tabriz, Ispahan, Nain, Qom, Kashan) | Iran | nouage fin, médaillon, arabesques | élevée à très élevée |
| Persan tribal (Gabbeh, Shiraz, Qashqaï) | Iran | laine épaisse, géométries libres | modérée à élevée |
| Turc / anatolien (Hereke, Konya, Oushak) | Turquie | nœud symétrique, tapis de prière | modérée à très élevée (Hereke soie) |
| Caucasien (Kazak, Shirvan, Karabagh) | Caucase | géométries franches, couleurs vives | élevée pour les anciens |
| Turkmène / afghan (Boukhara, Kunduz) | Asie centrale | güls répétés, rouges profonds | modérée |
| Indien / pakistanais (Agra, Kashmir, Ziegler) | Inde, Pakistan | copies de dessins persans, soie du Cachemire | faible à élevée |
| Chinois (Pékin, Tientsin) | Chine | motifs taoïstes, velours sculpté | modérée |
| Kilim | Anatolie, Perse, Caucase, Maroc | tissé à plat, réversible | modérée à élevée (anciens) |
| Berbère (Beni Ouarain, Azilal) | Maroc | laine écrue, losanges à main levée | modérée à élevée (pièces d’époque) |
| Européen (Savonnerie, Aubusson) | France | point noué français, dessins classiques | très élevée |
| Tufté / mécanique | industriel | dos encollé ou uniforme | faible à nulle |
Ce tableau donne des ordres de grandeur : au sein de chaque famille, l’âge, la finesse et l’état font varier la valeur de un à cent.
Les motifs, une signature à lire
Les dessins récurrents aident aussi à situer un tapis :
- Herati : un losange entouré de quatre feuilles en forme de poisson — très fréquent sur les persans de village.
- Boteh : la « goutte » recourbée, ancêtre du motif paisley des cachemires européens.
- Gül : le médaillon octogonal répété en rangées, marque des tapis turkmènes.
- Mihrab : la niche de prière des tapis d’Anatolie, toujours orientée dans le même sens.
- Médaillon central sur champ fleuri : la grande composition classique des villes persanes.
Un motif ne suffit jamais à lui seul — les ateliers se sont toujours copiés les uns les autres — mais croisé avec la technique et la matière, il resserre vite l’identification.
La matière, dernier indice
À technique égale, la matière fait le prix : laine courante, laine kork (la plus fine, tondue sous le cou des jeunes agneaux), soie naturelle, coton, ou fibres synthétiques. Le test du toucher et l’examen des fibres sont expliqués dans notre guide pour reconnaître la matière d’un tapis.
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En résumé
Pour situer les types de tapis, procédez dans l’ordre : la technique d’abord (le dos du tapis distingue noué main, kilim, tufté et mécanique), l’origine ensuite (Perse, Turquie, Caucase, Maroc, Europe…), la matière enfin. Les tapis noués main anciens concentrent l’essentiel de la valeur — notre guide où acheter un tapis d’Orient vous aidera à passer à l’acte sans vous tromper. Et quand le doute persiste, l’œil d’un expert reste le raccourci le plus sûr.



