— Dictionnaire des tapis · Turkménistan
Sur fond rouge garance, des rangées de güls octogonaux : le tapis turkmène est l'un des plus identifiables au monde — et l'un des plus anciens langages tissés des steppes. Chaque tribu signe son gül ; chaque pièce raconte la yourte, la dot, la vie nomade.
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I · La grande tribu du sud
Le plus célèbre des güls : celui des Tekké, octogone quadrilobé relié par un quadrillage régulier — c'est lui que le monde entier appelle « Boukhara ». Nouage parmi les plus denses des steppes, laine fine, rouge profond : les Tekké anciens sont l'aristocratie du tapis turkmène.





II · Tribus de la Caspienne
Les Yomud, entre Caspienne et Kharezm, signent des güls en losange crénelé — kepse et dyrnak — semés en diagonales sur des rouges plus bruns. Leurs tentures de yourte et bandes de porte (ensi, torba) comptent parmi les textiles nomades les plus recherchés.
III · La tribu aristocrate
La plus ancienne et la plus prestigieuse des tribus : les Salor nouaient si fin que leurs güls — à la silhouette dentelée caractéristique — semblent imprimés. Défaits au XIXᵉ siècle, ils ont légué leur raffinement aux tribus voisines ; leurs pièces anciennes atteignent des sommets aux enchères.


Photo : John Pavelka, musée du Tapis d'Achgabat — licence CC BY 2.0
IV · La capitale
Après 1881, la production s'organise autour d'Achgabat : ateliers, formats occidentaux, qualité suivie. Le Turkménistan moderne perpétue les güls tribaux dans des tapis denses et réguliers — jusqu'au tapis géant du musée national, l'un des plus grands noués main du monde.
— Histoire
Chez les Turkmènes, le tapis est une carte d'identité : chaque tribu — Tekké, Yomud, Salor, Ersari — possède son gül, ce médaillon octogonal répété en rangées que les tisserandes transmettent de mère en fille comme un blason. Perdre son gül, c'était perdre son nom : quand les Salor furent défaits au XIXᵉ siècle, leur gül passa aux vainqueurs.
Tissés sur fond rouge garance — la couleur sacrée des steppes —, ces tapis accompagnaient toute la vie nomade : tentures de yourte, sacs (torba, tchoval), bandes de porte. Après l'annexion russe de 1881, la production s'organise autour d'Achgabat ; les « Boukhara russes » inondent l'Europe. Les pièces tribales anciennes, elles, comptent aujourd'hui parmi les tapis les plus étudiés des collections.
Le fond d'abord : un rouge garance profond, presque liturgique, qui couvre tout le champ. Puis les güls en rangées régulières — leur dessin précis identifie la tribu comme un blason. Le dos, très régulier, témoigne d'un nouage dense ; la laine, fine et lustrée, vient des moutons des steppes. Méfiez-vous des « Boukhara » trop parfaits : les copies pakistanaises sont innombrables.
Depuis 1950, l'atelier Tapis Boeuf prend soin des tapis des steppes. Notre nettoyage artisanal ravive le rouge garance sans jamais l'agresser — lavage à la main, au bain, séchage à plat. Franges, lisières, trous : la restauration de tapis retisse à l'identique. Un Tekké ou un Yomud ancien à dater ? L'expertise commence par un avis verbal gratuit.
Devis gratuit →Aucune à l'origine : « Boukhara » est le nom commercial donné aux tapis à güls des tribus turkmènes, vendus sur le marché de Boukhara. Aujourd'hui, le mot désigne surtout leurs copies pakistanaises — le turkmène authentique se reconnaît à sa laine, son rouge garance et son dos très régulier.
Le médaillon octogonal répété en rangées sur les tapis turkmènes. Chaque tribu — Tekké, Yomud, Salor — possède son dessin de gül propre, transmis comme un blason familial : c'est la carte d'identité du tapis.
Oui, et parfois beaucoup : les pièces tribales du XIXᵉ siècle — surtout Salor et Tekké, et les textiles de yourte Yomud — sont très étudiées et recherchées en collection. État, finesse et rareté du gül font le prix.
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