Le nœud qui se prend sur quatre fils
Posons le socle, parce que rien de ce qui suit ne tient sans lui. La chaîne, ce sont les fils tendus dans la longueur du métier. La trame, c'est le fil passé en travers qui bloque chaque rangée. Le velours, c'est la laine nouée par-dessus, celle sur laquelle on marche. Un nœud se prend normalement sur deux fils de chaîne. Le nœud jufti — on l'appelle aussi faux nœud, ou nœud double — se prend sur quatre. Le tisserand avance deux fois plus vite. À surface égale, le Mashad contient deux fois moins de laine, et il s'use plus tôt.
« Les tapis du Khorassan sont habituellement noués en jufti asymétrique (sur quatre chaînes) sur une fondation de coton. » — Encyclopædia Britannica, article « Khorāsān carpet »
C'est ici que le sujet devient intéressant. Le V&A relève des nœuds jufti sur le Mashad offert par le Chah — une pièce choisie pour représenter le meilleur de l'Iran. Le jufti n'est donc pas le nœud des mauvais tapis : c'est le nœud de la région, et il se lit comme tel.
Reste la conséquence pratique, et elle vaut face à n'importe quel vendeur. La densité, c'est le nombre de nœuds au mètre carré. À densité annoncée égale, un Mashad noué au jufti contient environ moitié moins de laine qu'un tapis noué sur deux fils ; le velours long masque l'écart le jour de l'achat, et il se voit cinq ans plus tard, dans les passages. D'où la seule question qui tranche : une densité annoncée ne vaut rien tant qu'on ne sait pas sur combien de fils les nœuds sont pris.
Farsibaff et Turkbaff, deux mains dans la même ville
Deux familles de Mashad se distinguent par le geste du noueur, et les deux noms circulent sur le marché sans que grand monde les explique.
En ordre de grandeur, le commerce estime que deux tiers des tisserands de Mashad nouent au nœud persan et un tiers au nœud turc (ABC Oriental Rug — source marchande, à lire comme un ordre de grandeur). Nos fiches ne portent pas encore cette information pièce par pièce. Quand un fait nous manque, nous préférons l'écrire plutôt que de le deviner : le jufti est présenté ici comme une pratique de la région, pas comme une caractéristique de nos Mashad.
→ le dictionnaire des origines persanes
Ce que le revers d'un Mashad raconte
Retournez un Mashad et la fabrication se lit à l'œil nu. La chaîne est en coton blanc, à fils déprimés — un fil sur deux tiré vers l'arrière, ce qui donne au revers son grain en côtes serrées. La trame est en coton, parfois teintée de gris, bleue sur les pièces anciennes, passée de façon irrégulière : d'où les sillons qu'on sent sous le doigt. Par-dessus vient la laine du Khorassan, en velours de dix à douze millimètres. Le Mashad se noue sur un métier vertical.
Légende du tableau : le Mashad du Victoria & Albert Museum, relevé complet.
Reste à comparer, et il faut le faire proprement. 432 000 nœuds au mètre carré, c'est la finesse d'un Mashad d'atelier de 1870. Sur les Mashad en ligne aujourd'hui, la médiane s'établit à 380 000 nœuds au mètre carré, et une partie d'entre eux passe au-dessus de 430 000. Les fourchettes que le commerce annonce pour l'origine, elles, vont de 120 000 à 350 000. Ces chiffres décrivent une sélection publiée à une date donnée : ce n'est pas une loi du Mashad, et nous ne l'écrirons pas comme telle.
Ce que le mot kork ajoute à la facture
Le kork est la laine du cou et du ventre de l'agneau, la plus courte et la plus fine de la toison. Elle se reconnaît à la main avant de se reconnaître à l'œil : plus souple que la laine du dos de l'animal, plus lustrée dès que la lumière rase la surface.
Ce que personne n'écrit, c'est ce qu'elle coûte. Sur les Mashad de la galerie qui portent un prix, le kork revient à 2 223 € le mètre carré contre 1 435 € pour la laine ordinaire, soit environ 55 % de plus. La densité moyenne suit le même mouvement : 410 700 nœuds au mètre carré, contre 317 300.
Une mise en garde pour finir, et elle protège l'acheteur plus qu'elle ne nous arrange. Le kork est un grade de laine, pas une densité. Un Mashad peut être finement noué sans être en kork, et l'inverse se rencontre aussi. C'est la raison pour laquelle une fiche sérieuse porte les deux informations, et pas seulement le mot qui fait vendre.