Sarough est un village de la province du Markazi, en Iran central, au nord de la ville d'Arak. Le nom a débordé le village : il couvre aujourd'hui la ville et toute la campagne autour. Le commerce francophone écrit Sarough, le monde anglo-saxon écrit Sarouk, et les bases de musées indexent aussi Saruk et Sāruq. C'est le même endroit et le même tapis.
Une phrase circule chez plusieurs vendeurs francophones, et elle est fausse : Sarough serait un village fondé en 1808 sous le nom de Sultanabad, rebaptisé Sarough vers 1930. La ville fondée en 1808 sous les Qajar, sur ordre de Fath Ali Shah, s'appelait bien Sultanabad — mais elle est devenue Arak, en 1937 ou 1938 selon les sources, et pas Sarough. Le village, lui, est un lieu distinct, au nord de cette ville, et il n'a jamais changé de nom.
Ce qui s'est joué là tient en une date. Vers 1880, la demande occidentale dépasse ce que la production ancienne peut fournir : des marchands installent alors des ateliers à Sultanabad, et le Sarough tel que nous le connaissons naît de cette bascule. Arak ne devient une ville qui compte qu'avec ce commerce-là. Le nom de Sultanabad, lui, a survécu à la ville : il désigne aujourd'hui un style et une époque, pas un endroit qu'on trouve sur une carte. Notre dictionnaire des origines persanes date de 1883 l'installation des ateliers de la maison anglo-suisse Ziegler, sur ce même plateau.
Des années 1910 aux années 1950, les importateurs américains commandent un Sarough très précis : champ profond semé de bouquets détachés, formats taillés pour les salons et les salles à manger de là-bas. Le Sarough devient dans les années 1930 l'un des tapis persans les plus connus aux États-Unis. C'est cette commande — et le lavage de finition qui l'accompagnait — qui a laissé sur l'origine la marque dont nous parlons plus bas.
Reste ce que les institutions en ont gardé, et c'est peu. Le Metropolitan Museum de New York n'a aucun tapis de Sarouk, d'Arak ou de Sultanabad dans sa base publique ; le Cleveland Museum non plus. L'Art Institute of Chicago en conserve un seul, celui de 1875-1900. Le Victoria & Albert en garde deux, l'un et l'autre des années 1930-1940, c'est-à-dire des tapis d'exportation. Cette rareté renseigne plus qu'elle ne manque : le Sarough n'est pas un tapis de vitrine, c'est un tapis de maison, et c'est exactement ce qu'on lui demande depuis cent ans.
Depuis le milieu des années 1970, le dessin se noue aussi en Inde et se vend sous le nom d'Indo-Sarough — nous y revenons plus bas. Les plus beaux Sarough contemporains viendraient du village de Ghiassabad : l'information circule dans le commerce, nous n'avons pas pu la confirmer (inconnu — à sourcer).
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